Comment nourrir correctement et durablement nos villes et nos campagnes ?

Les exploitations familiales sont ainsi au cœur des problématiques de développement, de lutte contre la faim, de protection des ressources naturelles, et d‘adaptation aux conséquences des dérèglements climatiques en Haïti. Malgré leur performance, les exploitations familiales sont perçues comme archaïques. L’urgence pour le pays est de garantir à la population en âge de travailler une forte croissance socialement inclusive qui crée des opportunités économiques pour tous dans des secteurs à forte intensité de main- d’œuvre en particulier l’agriculture. Du fait que l’économie haïtienne est profondément dépendante du capital naturel, une croissance économique verte devrait permettre une exploitation plus judicieuse des ressources naturelles à travers des investissements plus productifs et plus efficaces. Une transition vers l’agroécologie c'est-à-dire une agriculture plus respectueuse de l’environnement s’avère nécessaire pour réduire la pauvreté.

 D'ores et déjà, d'après la CNSA (Coordination nationale de sécurité alimentaire), plus de 3 millions d’Haïtiens ont faim, c'est-à-dire ne bénéficient pas des 2200 kilocalories quotidiennes qui sont jugées nécessaires pour subsister dans de bonnes conditions. Le paradoxe est que plus des deux tiers de ceux qui souffrent de la faim sont des paysans dont les bas revenus ne leur permettent pas d’acheter suffisamment de nourriture ou de s’équiper correctement pour produire par eux-mêmes de quoi manger (Marc Dufumier,2014). Quelle est l'origine de ce phénomène ? Comment remédier à tout cela ? Faut-il rechercher l'autosuffisance du pays en développant un protectionnisme à l'égard des produits en surplus venant des USA, d’UE et de la République dominicaine ?

Construire, défendre et renforcer l’agroécologie

L’agroécologie et le droit à l’alimentation sont destinés à converger et, à terme, à nouer une alliance naturelle pour mieux garantir la souveraineté alimentaire dans le long terme. Le regard porté sur ces pratiques est à la fois économique, social et environnemental. Cette agroécologie est celle d’une agriculture paysanne de proximité, créatrice d’emplois sur les territoires, protectrice de l’environnement et des paysages, inscrite dans une économie sociale et solidaire, tenant toute sa place dans l’alimentation de nos villes et nos campagnes en produits frais, sains et diversifiés.

Les agriculteurs seront alors à même de tirer au mieux profit des cycles du carbone, de l’azote et des éléments minéraux, en sélectionnant à chaque fois, au sein des divers écosystèmes, les espèces, races et variétés les plus à même de produire les calories alimentaires, protéines, vitamines, minéraux, fibres textiles et molécules médicinales, dont nous avons le plus besoin. Le fait est qu’il existe d’ores et déjà des techniques agricoles qui permettent d’accroître nos rendements sans recours intensif aux engrais de synthèse et aux produits phytosanitaires. C’est cette agroécologie que nous voulons poser comme une alternative aux schémas agricoles classiques en privilégiant des modèles familiaux durables, attentifs au respect de l’environnement, économiquement performants, porteurs d’un développement humain, soucieux de la souveraineté alimentaire et la santé de la population.

L’INVESTISSEMENT EN AGRICULTURE DEVRAIT VISER À ÉLIMINER LA FAIM

Dans le contexte des stratégies de lutte contre la pauvreté et la faim, l’agriculture occupe un rôle crucial dans la mesure où un la majorité des pauvres vivent dans le milieu rural. Du fait de leur faible compétitivité sur les marchés locaux, régionaux et nationaux, nombreux sont les petits agriculteurs qui ne parviennent plus à dégager des revenus suffisants pour à la fois satisfaire les besoins vivriers de leurs familles et reproduire leur capital d’exploitation. Les questions relatives à la faim et au développement agricole durable ne seront finalement résolues que si nos petits agriculteurs parviennent par elles-mêmes à sortir de leur pauvreté en accroissant durablement leur productivité, sans mettre en péril les potentialités productives et la biodiversité des agroécosystèmes, et sans devoir migrer prématurément vers les villes. Les petits exploitants agricoles ont besoin de marchés. En les aidant à accéder à des marchés locaux et régionaux, on augmente leurs revenus, favorise la souveraineté alimentaire et crée des modes de subsistance viables.

Les cultures vivrières et l’agriculture familiale de petite échelle doivent être protégées, du fait de leur plus grande efficacité économique, sociale, environnementale et surtout pour la souveraineté alimentaire, comparée au modèle agro-industriel. L’agriculture devrait donc être de plus en plus sollicitée dans les années à venir et il nous faut sans doute envisager un doublement de la production végétale (céréales, protéagineux, oléagineux, canne et betterave à sucre, plantes à fibres, etc.) d’ici 2050. Le défi est de parvenir à ce doublement sans porter préjudice à notre cadre de vie. Or on sait que les formes d’agriculture qualifiées de « productivistes » sont déjà réputées pour leurs atteintes à l’environnement. L’ensemble de ces raisons explique l’importance que devrait accorder le pays au dossier agricole dans le cadre des négociations commerciales internationales.

 LES PÊCHERIES FACE AU DÉFI ALIMENTAIRE

La pêche et l’aquaculture contribuent pour une large part à l’alimentation humaine. Comme pour l’agriculture, ce secteur est soumis à de nombreux défis.Renforcer l’organisation des communautés de pêcheurs. Leur bonne gestion contribue à la souveraineté alimentaire, fournit des emplois, offre les meilleurs systèmes de redistribution des richesses et permet l’intégration des femmes. La pêche artisanale permet aussi de gérer durablement les ressources halieutiques.

La réponse aux questions de départ est donc assurément positive sur le plan technique. Oui, on pourrait nourrir convenablement et durablement tous les Haitiens, même si elle comptait 30 millions d’individus. Mais la réponse est-elle positive aussi sur le plan politique ? On peut en douter.

Sources Famine au Sud, malbouffe au Nord, Marc Dufumier, NIL éditions, 2012. L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité : démonstration, Jacques Caplat, Actes Sud, Domaine du possible, 2012. Nourrir l’humanité : les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIe siècle, Bruno Parmentier, La Découverte, 2007. Les moissons du futur. Comment l’agroécologie peut nourrir le monde, Marie-Monique Robin, Arte éditions, 2012. Novembre 2012 Dossier « Biodiversité et Souveraineté alimentaire », n° 269 Avril 2012 Dossier « Régulations des marchés agricoles. Quand la spéculation fait des ravages », n° 265 Décembre 2011 « Guinée Conakry, Les paysans du Fouta Djalon vers l’autosuf?sance alimentaire », n° 262 Mai 2010 « Les vertus de l’agroécologie », n° 24

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