L’agroécologie, une réponse au défi alimentaire en Haïti

Les problèmes économiques et environnementaux font de plus en plus couler d'encre dans les livres, les revues, les publications, et alimentent les débats dans les sommets, forums, congrès, etc. Haïti est l'un des pays où, malgré le nombre d'efforts consentis ces derniers temps par de nombreux organismes pour attiser ces changements, la dégradation des écosystèmes continue d'influencer négativement tant l'environnement que l'économie et la vie de toute la population en général (J.SIMAR, 2012). De plus, le rythme du déboisement s’accélère. Tout cela a engendré des modifications majeures du paysage rural qui est maintenant remis en question. Ainsi, des pratiques agroforestières scientifiquement balancées y deviennent une solution incontournable.

Les milieux agricoles et forestiers font face à des enjeux communs tels que la nécessité de la diversification des revenus pour assurer la rentabilité des pratiques, le besoin de soutien de la part des communautés et du gouvernement, ainsi que la possibilité d’accès aux innovations techniques et scientifiques (Pagé et Caron, 2006). Ainsi, les secteurs de l’agriculture et de la foresterie doivent actuellement trouver des solutions pour adopter des stratégies de développement durable afin de faire face à ces enjeux sociaux, économiques et environnementaux (Dupraz et Liagre, 2011). C’est pourquoi la lutte contre la faim en Haïti devrait commencer par le développement, la promotion et la mise en place de méthodes de production agroécologiques adaptées au contexte local (M.DUFUMIER, 2014).

Création d’un avenir alimentaire durable : l’agroforesterie

Beaucoup de nos petits exploitants agricoles font face à des rendements agricoles et à des revenus faibles et imprévisibles ainsi qu’à une insécurité alimentaire chronique. Ces difficultés sont particulièrement graves, surtout dans les zones sèches de l’île de La Gonâve où la dégradation des terres, l’épuisement des sols et la pénurie d’eau contribuent aux faibles récoltes, et donc à la pauvreté et à la famine. Bien gérés, les systèmes d’agroforesterie peuvent fournir plusieurs avantages en plus d’améliorer le rendement des cultures. Par exemple, selon les espèces, les arbres peuvent produire des fruits, des médicaments et des fibres, le tout important pour la consommation humaine directe .L’agroforesterie ou pratiques améliorées de gestion des terres et de l’eau pourraient bénéficier aux agriculteurs et aux économies rurales de plusieurs manières : récoltes plus abondantes, apport d’autres produits tels que bois de chauffe et fourrage, opportunités de revenus et d’emploi plus nombreuses et résistance accrue au dérèglement climatique.

Une large gamme de systèmes d’agroforesterie peut bénéficier aux petits agriculteurs dans diverses conditions agroécologiques. Par exemple, le système d’agroforesterie ou la superficie moyenne des propriétés est très petite (moins de 1 hectare) surtout à l’île de La Gonâve, consiste à intercaler le maïs avec des espèces d’arbres et d’arbuste fixatrice d’azote ainsi qu’avec le haricot également fixateur d’azote. Dans ce système, les agriculteurs plantent des arbres en ligne entre leurs cultures. Les agriculteurs taillent les arbres deux ou trois fois par an et enfouissent les feuilles riches en azote dans le sol. Une étude à long terme a montré que la culture du maïs sur une base continue avec du moringa sur des petites parcelles peut produire plus de 5 t/ha les bonnes années et 3,7 t/ ha les années moyennes, en l’absence d’engrais. En comparaison, les parcelles de contrôle sans moringa ni engrais n’ont produit que de 0,5 à 1,0 t/ha. Une étude de l’université d’Essex (Grande-Bretagne) prouve que les rendements de maïs en Zambie sous le moringa et l’arachide étaient de 88 à 190 % supérieurs pendant quatre saisons de récolte, de 2007 à 2011.

 Reconstruire l'économie alimentaire locale

Les segments aval de l’agriculture dans les chaînes de valeur alimentaires devraient participer de manière plus générale au processus de diversification de l’économie haïtienne. Les activités de transformation alimentaire, en particulier, contribuent non significativement à la création de valeur ajoutée des industries manufacturières et sont en régression forte. Cette mesure de développement rural permettrait de mieux intégrer les agriculteurs dans la chaîne alimentaire, à travers des dispositifs de promotion et d'amélioration de la qualité des produits. Elle permet aux producteurs de fixer plus de valeur ajoutée dans leurs produits et ainsi de devenir plus compétitifs. Comme ils sont aidés dans la promotion de leurs produits, ils peuvent trouver des marchés locaux qui permettent de renforcer l'économie locale et les circuits courts.

Les consommateurs doivent être encouragés à s'approvisionner en produits agricoles écologiques auprès de leurs producteurs locaux et régionaux. À cet égard, la création de circuits de proximité et de marchés diversifiés basés sur le principe d'un commerce équitable, sur des initiatives de développement local et sur des liens plus étroits entre producteurs et consommateurs doivent être priorisés.

Collecte des eaux de pluie : impluviums et cuvettes de plantations

Les eaux de pluie peuvent être conservées dans des réservoirs individuels et des citernes de stockage alimentées par des surfaces de captage (impluviums) mais il ne faut pas oublier que la façon la plus courante de conserver l’eau de pluie, c’est dans le sol ! En effet, collecter les eaux de pluie ne veut pas seulement dire capter l’eau de pluie mais également encourager une plus grande infiltration de l’eau de pluie et donc la conserver dans le sol en empêchant le ruissellement et l’érosion. La conservation du couvert végétal est donc particulièrement importante, car lorsqu’il pleut sur des terres recouvertes de végétation, le ruissellement est ralenti.

• Impluviums

Cette perspective focalise le rôle de l’agriculture dans le changement local de paysage pour protéger une ressource en eau. La conception de ce système impliquera des changements nets de paysage dans ce but : diversification des cultures, un système de polyculture-élevage qui repose sur des relations plus organiques entre l’élevage et le territoire. Les paysages agricoles seront réorganisés, tant au niveau du système de production, que de territoires à enjeux, pour contribuer à des attentes sociétales.

• Cuvettes de plantation

Les arbres et de nombreuses espèces ligneuses présentent de gros avantages en matière de rétention de l’eau de pluie par le sol. En effet, un couvert feuillu empêche la terre de recevoir directement les rayons du soleil et réduit ainsi l'évaporation. De plus, les arbres et les plantes gardent l’eau dans leurs racines et la terre autour reste donc humide.

Sources : Agroécologie et développement durable, Marc DUFUMIER, 2013, Géographie de la faim, Jean Ziegler, 2015 50 idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation, Marc Dufumier, 2015 Agriculture, alimentation et restauration collective, conférence de Marc Dufumier, 2014 Conférence : GRICE-UCL-Olivier de SCHUTTER, l’agroécologie un nouveau rapport aux écosystèmes, 12 Novembre 2015, Louvain Famine au Sud malbouffe au nord, Marc Dufumier, 2014 Conférence : CARI-ISF-Marc DUFUMIER, l’agriculture familiale, 16 Avril 2014, Montpellier Réguler les prix agricoles, Berthelot, 2013 Histoire des agricultures du monde » (Mazoyer et Roudart, 1997) Additifs alimentaires danger, Corinne Gouget, 2015

Retour en haut de page